Ma mère avait divorcé de mon père il y avait bien longtemps déjà.
Son tablier orné d'une minnie, un personnage de Disney était aux tons blanc et rouge. Elle portait l'un de ses habituels chiffons d'intérieur. Un pantalon noir, trop petit pour elle, ainsi qu'un débardeur blanc, trop grand cette fois-ci.
Ma mère disait souvent que ne pas porter de soutien-gorge lui laissait toute la liberté dont elle avait besoin dans la vie.
Moi, j'étais tout son contraire. S'il avait fallu que je décrive cet être qui se tenait devant moi et qui avait donné sa vie à ses enfants, je dirai qu'elle était l'archétype même de la maman un peu maniaque sur les bords.
J'ai toujours cru que ma mère avait une double vie.
Aujourd'hui, j'étais dans la cuisine a la regarder faire sa tarte à la courgette, elle coupait les légumes hypnotisé par ceux-ci et son couteau, comme si elle avait peur de se couper, alors qu'elle prendrait toujours bien cette coupure.
Ma mère, au fond devait avoir des rêves qui dépassaient mon imagination. Je n'ai jamais pensé que dans la vie elle voulait une maison, un travail, un mari, un chien et des enfants.
Elle avait déjà eu tout cela il y avait bien longtemps, maintenant je sais qu'elle a d'autre reve, mais jamais je n'ai pu poser le doigt dessus.
Tandis que je la regardais couper ses courgettes, elle me dit sur le ton de la conversation que l'on n'avait jamais eu.
“Tu sais, je la prends depuis que j'ai 18 ans, depuis je n'ai presque pas arrêter...”
Elle me lança un regard qui me faisait penser à l'une de ses femmes des années 1925, ces femmes fortes qui aimaient des Gangsters aux Etats-Unis, restant dans leurs bars de bois, fumant leurs cigarettes, tranquillement, comme si tout cela était totalement normal.
D'un coup, je ne la vis plus debout, mais assise, dans la lumière tamisée du début de l'électricité et des bougies. Elle était entourée d'un halo de fumée blanche, à l'odeur plus qu'enivrante de la nicotine.
Dans mon imagination, je la voyais, ses cheveux bouclé châtain foncé, légèrement remonté, lui laissant une mèche de cheveux mise de coté, bien lisse, lui cachant une partie du front.
Je la voyais, serrée dans un tailleur noir, l'ouverture et le cols de sa veste était ornée de fourrure, sur sa tête, elle avait un petit chapeau placé de travers, avec un tulle noir, cachant une partie de son visage.
Elle tira de nouveau sa cigarette, et expira la fumée, collant son dos contre la paroi de la banquette.
Ma mère reprit la parole en croisant les bras.
“Tu sais, nous, les femmes avons le pouvoir sur les hommes. Ce fut toujours le cas, ils ont besoin de nous, pour se battre, pour avoir l'impression d'avoir le pouvoir...”
Je secouai la tete, je me demandai si la femme face à moi était vraiment ma mère. A vrai dire, lorsque j'ouvris les yeux après cette secousse mentale, elle était là, toujours dans son tablier, à faire sa tarte. Maintenant elle installait les morceaux de courgettes dans la pate qu'elle avait bien installée, avec amour et plaisir. Vous savez ces plaisirs simple de la vie que la plupart des gens considèrent comme vital. Ma mère aimait ces plaisirs... Seulement en petite dose!
Quand j'étais petite et que j'allais chez mes grands parents, que ma mère sortait, j'étais sure qu'elle entrait toujours dans la peau d'une autre femme, mettant de belles robes, une perruque. Bref, elle devenait une autre personne que ma maman.
Je la voyais bien charmer la gente masculine, endosser son costume de bal, devenant alors une cendrillon plus débauchée que l'originale qui se contentait d'obéir, à frotter le sol de chez sa belle mère.
Puis, elle me regarda. Ma mère aimait toujours faire des secrets, elle les faisait avec elle même, ne laissant personne entrer dans son monde. C'était à elle seule une énigme, que jamais je n'aurai résolue, je le savais parfaitement... Elle n'aurait plus aucune magie sans ce cadenas qui cachait ce qu'elle était.
Lorsqu'elle se retourna vers moi, ce fut pour reprendre ce qu'elle voulait me dire. Elle baissa la voix, comme si, elle était à l'origine d'un complot contre la couronne.
Je la voyais parfaitement devenir devant mes yeux cette femme, portant une longue robe digne d'une duchesse, me donner un flacon de poison pour éliminer la reine où divers rivale, qui l'empêchait d'accéder au pouvoir absolu.
“Une fois que c'est fait, c'est fait! Je t'ai posé la boîte sur ton lit, il te suffit d'en prendre une et ce sera bon!”
Je la regardai, elle baissait toujours la voix lorsqu'elle ne voulait pas que mon frère entende quoi que ce soit.
“Et puis, tu sais, tu es une femme maintenant.”
Lorsque je me levai, elle était de nouveau devenu cette chose étrange qui était ma mère, elle se baissait devant le four, et enfourna sa tarte tandis que moi, j'allais vers ma chambre pour trouver une boîte de pilule sur mon lit. Une fois assise, je pris la boîte dans mes mains, et pensa qu'elle avait fait tout ça, juste pour une boîte.



